04
janvier
2013

Maux, râles !

 

La nature n’est ni morale, ni immorale !

 

« La » morale – qu’elle soit puritaine, religieuse, laïque ou autre –, est loin d’être universelle et absolue. Ce qui est considéré moral à un endroit ou aujourd’hui est barbare ailleurs ou à une autre époque. Sorte de théorisation/abstraction de ce qui est bien ou mal pour une culture donnée, la morale résulte des moeurs et ne les détermine pas. En ce sens, elle ne peut présider à une vie, ni l’organiser – puisqu’elle n’en est qu’une résultante. Et les millions de victimes de tortures, d’assassinats, de viols, de crimes, de mensonges… au nom du Bien contre le Mal, au long de millénaires, sont là pour le prouver. Ce qui ne m’empêche pas de juger encore en termes de bien et de mal, de « cool » ou de « dégueulasse », de « génial » ou de « nul »…

La morale prétend traiter de l’instant présent, dans le concret de l’action, dans le contingent, par des préceptes généraux, théoriques, transcendants. Cette dichotomie, voire schizophrénie, entre un monde idéal et le monde tel qu’il est, ouvre la place aux donneurs de leçons, aux censeurs, quand ce ne sont aux terroristes… Car il est plus facile de condamner et de vilipender que de transformer la vie, voire de simplement la vivre telle qu’elle est. Les « améliorateurs de l’humanité » sont prompts à prescrire, à juger. Mais, souvent, ils n’agissent point, du moins pas en permanence, comme ils prescrivent – qui le pourrait ? Ou, quand ils le font, avec quels renoncements dans leur vie ?

Les règles morales définissent un ordre établi, une idéologie sociale. Cet ordre n’est pas nécessairement le mien, d’une part. Et pourquoi, d’autre part, quelqu’un aurait-il le droit de m’en imposer un ? Ce quelqu’un est généralement le souverain, ses affidés, les puissants et les riches. La morale, en effet, permet de mener l’humanité par le bout du nez. La morale serait-elle, au fond, un voile présentable, propre à faire supporter l’inacceptable des situations sociales d’exploitation ? Les Tartufe et les Pères-la-pudeur – tout comme les écarts entre ce qui devrait être et ce qui est – sont, depuis des millénaires, le thème inépuisable des spéculations humaines – des tragédies, des comédies, des romans, des contes, des sermons (religieux, politiques, familiaux, humanitaires…), des éditoriaux, des émissions de télévision, des articles de presse, des essais…

L’immoralisme, l’éthique, la déontologie, l’égalité… relèveraient-ils, tout autant, au tréfonds, du même processus cynique : « enfumer » (voiler) la nature des rapports sociaux, par l’occultation, voire la négation, de ce qui est, au profit de ce qui devrait être – et ainsi détourner de la (vraie) vie et surtout la dévaloriser.

Si les morales persistent, à travers les âges et les longitudes, si le rappel aux valeurs morales ressurgit périodiquement, c’est qu’ils répondent (mal, sans doute) à une vraie question : « Comment [me] faut-il vivre ? ». Les morales y répondent en termes de devoirs, d’impératifs, d’interdits, de prescriptions… imposés par d’autres et depuis ailleurs. Les morales répondent, en fait, plutôt à une autre question : que « dois-je » faire ? La cohésion sociale a-t-elle réellement et nécessairement besoin de ma soumission à des références extérieures à ma nature humaine ? La question des fins et celle des valeurs – et celle de la valeur de ces valeurs – m’est-elle extérieure ? Est-ce à d’autres d’en décider pour moi ?

Inefficace, voire nuisible, la morale est aussi inutile. Car, « personne n’a besoin d’un traité pour apprendre qu’il ne doit pas tuer ou voler et qu’il doit restituer le dépôt qu’on lui a confié (Éric Weil, Philosophie morale, Vrin, 1992 (1960) ».


Source - Jean Pierre-Lepri : Voir son Site


Article mis en page pour Uto'Pistes par : MikA Mot(s) Clé(s) Autrement - Conscience - Education - Enfants - Jean Pierre-Lepri

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