24
février
2013

Jean Pierre Lepri

 

Jean-Pierre Lepri est père et grand-père.

Entré en 1957 à l’école normale d’instituteurs, cela fait donc plus de cinquante ans qu’il est « en » éducation et en formation ("nationales"), dont trente années en Afrique, en Amérique, en Asie, en Océanie et en Europe du Nord - comme enseignant, formateur, inspecteur, directeur, expert-consultant pour l’UNESCO et pour divers gouvernements... Il est titulaire de quatre diplômes de troisième cycle universitaire (deux doctorats et deux D.E.A.) et commandeur de l’Ordre français des Palmes Académiques.

L’éventail de ses références et son expérience lui permettent maintenant de mieux voir et de mieux comprendre que, dans l’acte d’enseigner/éduquer/former, beaucoup de choses importantes se passent au-delà de ce qui est supposé être enseigné. Ceci à l’insu, le plus souvent, de l’enseignant/éducateur/formateur, de « ses » apprenants, de leurs commanditaires,  sans que la bonne foi ou l’éthique de chacun soient nécessairement en cause.

Il décide alors de partager sa vision avec ceux à qui elle peut être utile. C’est ainsi que se forme et évolue le CREA-Apprendre la vie (Cercle de réflexion pour une ‘éducation’ authentique) : un cercle virtuel indépendant où l’on entre et sort à son gré, où il n’y a aucune obligation d’aucune sorte (engagement, adhésion, signature, cotisation, réunion…). Il y a seulement à « entendre », à « considérer » - sans approuver, ni réfuter, ni argumenter ou débattre - et à contribuer.

Par leur contribution (idéelle ou factuelle) ou par leur manière d’être, les « auto-membres » du CREA étendent et enrichissent ainsi l’intérêt et l’influence de cette réflexion partagée, en même temps qu’ils s’enrichissent eux-mêmes.


CREA- Apprendre la vie

F-71300 MARY
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L’expression ’éducation’ authentique n’est qu’une étiquette. Cette étiquette désigne un ensemble de « réflexions sur l’éducation », ainsi que sur ses conséquences. Ou, en chemin inverse, sur la marche du monde et de moi-même, ainsi que sur sa possible origine : l’éducation. La fonction de cette étiquette est d’accrocher l’attention de ceux qui, s’étant senti mal à l’aise avec l’éducation – scolaire, parentale, ou autre… –, sont à la recherche d’une éducation moins douloureuse ou « meilleure ».

Les réflexions proposées sous l’étiquette d’’éducation’ authentique leur fournissent des matériaux pour avancer dans leur propre réflexion. De fait et profondément, l’’éducation’ authentique n’est pas du tout une éducation. C’est la raison des guillemets simples apposés à ’éducation’ : ils signalent, selon un procédé de Sémantique générale1, que le mot est employé dans un sens différent du sens habituel.

L’éducation, avec son type bien particulier de relation éducateur-éduqué, est la matrice du type de relations qui gouverne le monde actuel. L’éducation éduque essentiellement à… l’éducation, c’est-à-dire à être éduqué, à être inscrit dans un type particulier de relation – éducateur-éduqué –, à le trouver « normal », à s’y trouver bien ; si possible à en redemander ; voire à payer pour cela – de quelque « monnaie » que ce soit. Le remède à cette situation – si tant est que je ne la trouvais pas satisfaisante – n’est toutefois pas dans une « meilleure » école ou une « meilleure » éducation. Je ne ferais qu’améliorer le pire… Elle est plutôt de comprendre pourquoi et comment, d’une part, l’éducation m’empêche d’apprendre ce qui a du sens pour moi, et, d’autre part, m’inscrit dans une relation de dominant-soumis. Pourquoi, aussi, en est-il ainsi ? Comment et pourquoi en sommes-nous arrivés là et comment nous en sortirons : par notre anéantissement2 pur et simple ? Ou par une prise de conscience libératrice ? L’’éducation’ authentique ne recherche donc pas une ou la meilleure éducation, ni des « coupables ». Ses réflexions la conduisent à abandonner la recherche d’une énième éducation alternative, pour privilégier la recherche d’une alternative à l’éducation.

Comment « apprendre » a-t-il pu se confondre avec enseigner3 ? Comment enseigner-apprendre est devenu un « besoin. Car, en effet, je respire, je vis et j’apprends… – tout à la fois – et ce ne sont pas des besoins. Cela « va de soi », naturellement. Cela devient un besoin dès qu’une gêne ou un empêchement apparaît dans ma respiration, dans ma vie ou dans mon apprendre. C’est le manque4 qui crée le besoin. M’empêcher de respirer ou d’apprendre, actes innés, crée mon « besoin » de respirer ou d’apprendre. C’est donc, en fait, la raréfaction intentionnelle, par l’éducation, des possibilités d’apprendre, qui va justifier le « besoin » d’apprendre… par l’éducation. Tout comme la raréfaction intentionnelle de l’air, pour ma respiration, instaurerait mon « besoin » de respirer et validerait la mise en oeuvre d’un système, contrôlé par d’autres, de distribution d’air et de respiration artificielle. Ce « besoin » crée ensuite la valeur de ce qui est raréfié, de ce qui « manque », et il fonde donc le « droit » pour tous de respirer ou d’être éduqué. Ce « droit », à son tour, justifie l’extension et l’expansion, de gré ou de force – puisque « c’est (devenu) un droit » – du processus à l’ensemble de la planète et à tous ceux qui y résisteraient. On notera, au passage, comment, subrepticement un « droit » devient curieusement un devoir, une obligation5.

Une « bonne » éducation ne peut donc exister. D’abord parce que ceux qui la « délivrent6 » sont les meilleurs produits conformes du système « dominant-soumis » et sont expressément chargés de le perpétuer, voire de l’accentuer. Ensuite, tout simplement parce que la solution ne peut être la cause-même du problème.

Et, pour l’éducation authentique, l’éducation7 ou l’école n’est pas la solution, l’éducation est le problème.


  • 1 Alfred Korzybsky, La Carte n’est pas le territoire, L’Éclat-Lyber, 1998.
  • 2 déjà bien entamé.
  • 3 ou éduquer, former, conscientiser, développer, conduire, aider, assister, etc..
  • 4 Et l’’éducation’ authentique met bien en évidence, notamment, que l’éducation éduque au manque, à la peur, à la dépendance… et donc à la conformation, au temps contraint, à l’espace contraint, à la pensée contrainte, etc..
  • 5 En France, par exemple, le droit (déjà discutable en soi, donc) à l’instruction est compris comme une obligation, un devoir, d’instruction – et contrôlé, dans les familles non-scolarisantes, comme tel.
  • 6 En éducation, la mise sous tutelle se commet au nom de la « liberté », l’injustice au nom de l’« égalité », etc.. « C’est pour ton bien… », bien sûr, que je te prive, te contrôle, t’interdis, te juge, te punis, te récompense, te façonne, etc.. Il n’y a aucun doute sur les intentions – comme sur leurs effets.
  • 7 Y compris hors de l’école.

Source : education-authentique.org


Article mis en page pour Uto'Pistes par : MikA Mot(s) Clé(s) Autrement - Conscience - Ecole - Education - Jean Pierre Lepri

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