05
avril
2013

J'ai Peur...


 

Ceux qui ont peur créent leurs propres terreurs.

J’ai peur de perdre mon travail, mon épouse, mon argent. J’ai peur de ce que vont penser les voisins, de la punition. J’ai peur de la maladie, de la mort – donc j’ai peur de vivre, car la mort est partie de la vie. J’ai peur d’être seul, de ne pas être aimé, de décevoir, de n’avoir pas une bonne note ou de ne pas être à la hauteur. J’ai peur d’être attaqué, frappé, violenté…

Alors je construis des protections contre ma peur. Des artefacts : murs, blindages, alarmes, clôtures… et je m’enferme dans une prison pour me sécuriser. Ou alors je m’aligne sur les autres, pour ne pas prendre de risques – le conformisme. Ou encore, je m’en remets à un protecteur tout-puissant, humain ou idée, en échange de l’abandon de mon être – le totalitarisme. Ou un peu – ou beaucoup – des trois à la fois. Mais les hauts murs, la conformation ou encore la soumission au tout-puissant, s’ils m’ont donné, un temps peut-être, une illusion de tranquillité relative, ne m’ont pas, pour autant, donné la paix profonde, permanente. En fait, en recherchant la sécurité, je ne fais que consacrer l’existence de ma peur, voire je l’alimente, à la manière d’un cercle vicieux. Certains exploitent même ce mécanisme à leur profit : les marchand de sécurité (de peur), les politiques, les organisations… offrent protection contre des peurs qu’elles alimentent.

Si je suis satisfait d’être enfermé pour me protéger, de me conformer pour me rassurer, de me soumettre à une autorité pour me sentir protégé… et de néanmoins continuer avec cette peur ou angoisse latente, profonde, alors je n’ai qu’à continuer ainsi. Il n’en est jamais de la sorte que depuis des siècles, voire des millénaires. La peur, je l’apprends en naissant : de mes parents, de mes maîtres, des autorités de toutes sortes. Mes parents, mes maîtres, les autorités l’ont apprise de leurs parents, de leurs maîtres, de… qui l’ont apprise de…

Car la peur est apprise. Ce qui est inné, c’est l’instinct de survie qui me fait fuir, sans peur, devant un rocher qui dévale, un serpent. La peur vient peut-être après, à la réflexion. L’éducateur enseigne sa propre peur, même s’il la cache – il enseigne alors que la peur doit être cachée. L’éducation, elle-même est fondée sur la peur – au tréfonds. Le rapport inégalitaire de soumission que l’éducation – fût-elle « alternative » – institue est du même mode que celui du terrorisme. Bien entendu cela est bien caché, car aucun éducateur (parent, professeur, formateur…) ne supporterait d’être ouvertement un "violenteur". Et pourtant, qui décide pour l’autre, qui domine l’autre, qui évalue l’autre, qui le contraint dans son espace, dans son temps, dans sa pensée… ?

Si je ne suis pas satisfait de vivre avec la peur souterraine, comment m’en libérer simplement ?

(Me) dire : « je ne dois pas avoir peur » ne résout rien. Au contraire : cela fait exister ce que précisément je redoute et que je redoute parce que je le fais exister. Devant le même « phénomène » (quel qu’il soit), un autre n’aura pas peur, signe que c’est bien en moi qu’est la peur –et non devant  moi. Combattre la peur fait exister ce que je combats. Ce qui devrait être vient nécessairement heurter ce qui est. Je peux modifier le contenu de ce qui devrait être, modifier mon illusion, choisir un « protecteur » (de quelque type qu’il soit) encore plus puissant…, je n’aurai pas évité la différence de nature entre ce qui devrait être, que ce soit en version b, c… ou x, et ce qui est vraiment. Résoudre ma peur n’est pas la dissoudre.

Un jour ou l’autre, si je veux dissoudre ma peur, je devrai considérer ce qui est : ma peur est là. Je la regarde, je ne la juge pas, je ne cherche pas à la modifier. Je suis ainsi. La vie est ainsi, faite de morts… C’est ainsi. Je n’ai plus peur dès lors que, pour moi, ce qui est ne devrait pas être autrement que ce qu’il est. 


Source : education-authentique.org


Article mis en page pour Uto'Pistes par : MikA Mot(s) Clé(s) Changement - Conscience - Education - Enfants - Jean-Pierre Lepri

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