24
novembre
2013

Equidignité

La vie commune fondée sur l’équidignité

 

Il s’est produit un changement qualitatif décisif dans la relation entre adultes et enfants au cours des trente ou quarante dernières années. Cela apparaît peut-être le plus clairement dans le fait que les enfants et les jeunes évoluent dans le monde avec un bien plus grand naturel et avec une bien plus grande conscience de soi. Ils ne se laissent plus automatiquement confronter à des violences et des dommages de la part de leurs   parents et d’autres adultes, tout ce que les générations précédentes étaient contraintes de subir.

C’est aussi un fait reconnu que la famille et la société  trahissent toutes deux dans de nombreux domaines les besoins des enfants et des jeunes pour se vivre elles-mêmes comme les membres de valeur d’une communauté, mais, dans les relations proches, l’abus de pouvoir n’est plus  aussi généralement ni aussi universellement accepté.

Cette égalité qui commence à poindre se voit clairement aussi dans la relation entre homme et femme. Il est clair que les rôles des deux sexes sont hors jeu dans de nombreux domaines et que le vide du moment ne peut être rempli que par des qualités humaines de base qui encouragent l’équidignité entre les façons de penser, de vivre et d’agir souvent différentes des hommes et des femmes. Savoir si ces différences sont d’ordre biologique ou culturel est accessoire ici à partir du moment où le principe d’équidignité pondère la différence et ne cherche donc pas à la compenser ni à la dissoudre. Les mêmes qualités sont nécessaires pour le comportement et la conduite, que nous parlions de relations personnelles entre homme et femme, adulte et enfant, hindou et chrétien, africain et scandinave, médecin et patient, chef et employé.

Il y a beaucoup de bonnes raisons à l’incertitude et l’irrésolution qui marquent tant de familles modernes qui ont été suffisamment courageuses pour tourner le dos au passé pour expérimenter la construction d’une vie commune avec des moyens plus humains. Une des raisons les plus importantes est peut-être que, depuis deux ou trois siècles, nous avons eu la connaissance du principe d’équidignité mais exceptionnellement sa pratique. Nous manquons tout simplement d’exemples et de modèles de rôles clairs et compréhensibles.

Là où l’égalité est une statistique mesurable, l’équidignité est un processus dynamique. L’équidignité est une expérience ponctuelle que les deux partenaires tirent d’une relation qui, à d’autres moments, doit être travaillée pour rétablir l’équidignité. L’équidignité se distingue entre autres de l’égalité dans la mesure où elle ne se reflète pas obligatoirement dans une répartition des rôles bien précise.

Même si la femme est à la cuisine samedi après-midi pendant que l’homme regarde le football à la télévision, - ou le contraire, cela n’apporte aucune information sur le degré d’équidignité qui règne entre eux. L’inégalité joue seulement un rôle pour l’équidignité si elle est imposée par la force et l’égalité joue uniquement un rôle dans la mesure où différents domaines de responsabilité et de travail développent certaines qualités basiques communes au genre humain chez celui qui les a assimilées.

Que les pères par exemple s’occupent davantage des enfants peut naturellement être un soulagement pour les mères, mais le partenariat des parents grandit seulement si le registre humain des pères s’élargit par suite de leur temps passé avec leurs enfants.

L’aptitude spontanée à pouvoir se comporter de manière égalitaire dans une relation avec un partenaire adulte ou avec un enfant dépend, comme dans beaucoup d’autres domaines, des expériences que nous avons vécues dans la famille où nous avons grandi et des modèles de rôles que nous y avons reçus. Il peut être difficile d’avoir des échanges égalitaires avec d’autres membres de la famille si on a été une victime dans sa propre famille. Cela peut-être tout aussi difficile si on a toujours été adulé pour son apparence, ses capacités à coopérer ou ses bonnes notes à l’école. Pour la plupart de gens l’équidignité est toujours une qualité qui réclame une étude consciente et un entraînement quotidien.

J’ai au cours de ce livre choisi de partir des enfants et du développement des enfants, parce que c’est le point de départ naturel, à la fois le moment où nous serons avec nos enfants et où nous deviendrons plus sages à notre propre sujet. En somme, quand la psychothérapie peut partager un peu d’expérience et quelques principes dans le but de construire des relations égalitaires entre les membres de la famille, cela est dû au fait que l’équidignité a toujours été la seule issue durable aux conflits psychologiques et aux crises existentielles.

Les notions comme l’estime de soi, la dignité, le fait d’être content de soi-même, d’être ce que l’on est, de s’exprimer, de dire non  et d’instaurer des limites ont toujours été des éléments centraux dans le processus de guérison. Nous savons alors qu’ils jouent un rôle important non seulement pour la santé psychique, sociale et spirituelle de chacun mais aussi quand nous devons construire des familles et des communautés fructueuses.

Toutes ces qualités les enfants les ont, soit de naissance, soit on doit les aider à les développer. D’un point de vue historique ces qualités se sont trouvées en léthargie chez tout enfant depuis environ l’âge de deux ans jusqu’à l’âge adulte. Pour certains la période de léthargie a duré toute la vie et pour d’autres elle est arrivée à un point où il y a eu  un essor personnel –il n’est pas si rare que ce soit sous forme d’un effondrement.

Tout au long du XXe siècle, nous nous sommes habitués à ce que la mauvaise estime de soi, l’abus de substances et les autres formes de conduite autodestructrices, les pathologies psychosomatiques et les dépressions aient eu un statut de maladies populaires. Au seuil d’un nouveau siècle nous avons deux points qui peuvent changer ce tableau. Nous nous éloignons de l’idéal de l’adaptation à une société de masse et nous avons acquis du savoir et des expériences sur la santé et l’épanouissement de l’individu, ce qui bouleverse dans de nombreux domaines notre conception de l’humain.


Source : Juul, J., Regarde… ton enfant est compétent – Renouveler la parentalité et l’éducation, Chronique sociale, 2012, p.30-32.


Article mis en page pour Uto'Pistes par : MikA Mot(s) Clé(s) Autrement - Changement - Conscience - Education - Enfants

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