WebZine...

  • Le caprice

    Le caprice

    Le comportement appelé communément caprice est un ensemble de manifestations de mécontentement qui se caractérise par des cris, des pleurs, des mouvements brusques, des actions non permises dans le milieu social habituel, ou/et parfois un refus...
  • CittaSlow

    CittaSlow

    Cittàslow : les villes lentes contre la frénésie automobile - Dans un monde en constante accélération, quelques municipalités européennes ont créé un réseau, Slow Cities, visant à ralentir le rythme de la vie. Ce réseau réunit des villes et...
  • Le Plan Education

    Le Plan Education

    La Révolution des Colibris - Accompagner chaque être humain dans la découverte de lui-même (de ses aptitudes, de ses talents), des autres (vie sociale, règles…) et lui transmettre les savoirs et connaissances dont il aura besoin pour s'épanouir dans...
  • Jeux Coopératifs

    Jeux Coopératifs

    Les jeux coopératifs ont la spécificité de rechercher la cohésion du groupe. Certains sont des jeux de plateau à jouer sur table, d'autres sont plus adaptés à une salle d'évolution ou à l'extérieur par leur caractère sportif. Ils permettent de ne...

26
novembre
2013

Arrêter l'éducation

 Arrêtez l’éducation !

 

Même cela peut sembler étrange, l’atteinte la plus ordinaire à l’intégrité des adolescents est : l’éducation – la chaleureuse, aimante, insistante éducation. Il y a deux causes à cela :

- même la meilleure et la plus aimante éducation repose sur le contrôle, les règles et la condescendance -   et il n’y a rien à redire à cela. Ces caractéristiques justement permettent aux petits enfants de se sentir en sécurité et en de bonnes mains compétentes.   Quand   les   enfants   sont   plus   âgés,   ce   sont   précisément   ces caractéristiques qui sont vécues comme ingérence inopportune, refus d’accorder l’autonomie, critique et sous évaluation – et c’est ce qu’elles sont aussi ;

- quand les enfants arrivent à la puberté, il est trop tard pour les élever. Le plus important de ce que les enfants reçoivent du foyer, ils le reçoivent dans les 3- 4 premières années. Les 6-7 années suivantes l’éducation des parents, leur exemple et leur qualité de vie ont encore une grande influence, ensuite les principales sources d’inspiration des enfants sont les amis de leur âge, les autres adultes et leur propre vie intérieure.

Tous les jeunes attirent l’attention de leurs parents sur ce point par des messages plus ou moins diplomatiques  comme : « Je me débrouillerai bien tout seul. »  à «  Dégage, vieux ! »

Ou comme mon fils disait « La seule question est de savoir si j’ai encore besoin que mes parents se mêlent de mes affaires. » Plus nous sommes lents à les écouter, plus ils montent le son.

Mais ce ne sont pas les trompettes de la révolution qui résonnent. C’est un avis bienveillant et judicieux dont la plupart des parents ont besoin comme signal qu’ils doivent maintenant se retirer de la ligne de front de la parentalité et utiliser à leur propre usage et à celui des autres le temps et l’énergie qui leur sont rendus.

Le problème de l’éducation insistante et suffisante, c’est qu’elle envoie deux messages auxquels très peu de jeunes peuvent répondre avec gentillesse et empressement.

 

Le premier message :

- Je sais ce qui est bon pour toi !

Quand, à la puberté, on est en plein travail pour découvrir qui on est vraiment, cela semble provocant ou absurde que les parents prétendent en savoir plus sur ce sujet.

 

Le deuxième message :

-  Je ne suis pas satisfait de ce que tu es !

C’est insupportable d’être confronté à ces réflexions à ce moment précis où premièrement on ne sait pas qui on est vraiment sous le vernis de l’éducation et où deuxièmement on n’est pas sûr de s’aimer soi-même.

 

À ce moment, le mieux que les parents puissent faire pour eux-mêmes, entre eux et le jeune, est de se laisser aller dans son fauteuil et de se réjouir du résultat des efforts des années écoulées. Et même s’ils ne sont pas entièrement enthousiastes de ce qu’ils voient et vivent, ils doivent tout de même essayer d’en profiter quand même !

Ce dont le jeune continuera justement à avoir besoin le reste de sa vie : deux parents qui le soutiendront toujours dans sa recherche de devenir lui-même et d’être fier de lui- même.

Confrontés à la relative imperfection de leur création, beaucoup de parents font exactement le contraire : ils se redressent de leur fauteuil et renforcent leur éducation dans l’espoir que c’est encore possible. Ce ne l’est plus. Du moins pas par les parents.

Beaucoup de parents modernes qui s’attaquent à cette éducation de la dernière heure ne le font pas tant par conviction que parce qu’ils ne savent pas ce qu’autrement ils feraient  de  leur  amour  et  de  leur  sentiment  de  responsabilité.  Ils  sont  tellement habitués à exiger d’eux-mêmes de l’action que se laisser aller et se réjouir du jeune pour le meilleur et pour le pire leur paraît la négation du sens de la responsabilité. Ils se sentent de la valeur comme parents, quand ils sont dans l’action et ils oublient que cela empêche souvent les jeunes de se vivre eux-mêmes comme une part de valeur de leur vie.

En accord avec notre regard traditionnel sur les enfants et les jeunes, nous avons développé un langage très différent de celui avec lequel nous nous adressons aux autres adultes. Ses caractéristiques sont qu’il est suffisant, condescendant et intrusif ; au mieux amical et étouffant, au pire critique et agressif. Il communique clairement ce que nous avons derrière la tête : tu n’es pas encore une personne à égalité avec nous. Tant que cela a été le regard reconnu des adultes sur les enfants, au moins il n’y avait pas de désaccord entre la parole et le comportement, mais aujourd’hui où beaucoup d’adultes ont renoncé à ce jugement, le ton n’est pas harmonieux et le message est ambigu.

Particulièrement à l’adolescence ce langage choque à juste titre parce qu’il ignore l’individualité du jeune, de plus il entrave le contact dans les relations avec les enfants beaucoup  plus jeunes. La meilleure manière de mettre de l’ordre dans cette utilisation du langage est de réaliser l’exercice suivant des centaines de fois : si j’avais ce conflit avec ma ou mon meilleur (e) ami (e) adulte, comment m’exprimerais-je ? Quand on a trouvé la réponse, on se trouve sur une piste plus constructive, sinon, c’est peut-être un point dont on devrait débattre avec son meilleur ami !

Pendant de nombreuses années nous avons souffert de l’idée erronée que les enfants et les jeunes devaient comprendre chaque mot que nous leur disons, et ainsi se perdent les aspects essentiels du message. Nous perdons tout simplement l’expression personnelle et nous l’échangeons contre la pédagogie, le contact se dégrade donc plus qu’il n’est besoin ; à la fois le contact avec nous-mêmes et avec l’enfant. Même dans une relation avec de très petits enfants, l’adulte peut s’exprimer doucement sans énoncé pédagogique à partir du moment où cela concerne une relation personnelle entre êtres humains.

Dans le rapport avec les adolescents aussi il est important que les parents continuent à être des sparring-partners actifs. C’est important qu’ils réagissent et expriment leurs opinions et leurs avis, mais pas dans la perspective éducative de changer ou de former le jeune. Cela fait la différence entre une éducation condescendante et un dialogue égalitaire.

Quand la fille de 14 ans présente son petit ami et demande à sa mère : « N’est-il pas chou ? » voici la différence entre une méthode éducative  inappropriée et un dialogue égalitaire :

- Quelle attitude ! Il n’est vraiment pas pour toi.

Et :

- Il n’est pas tout à fait ma tasse de thé, mais je me réjouis de te voir des étoiles plein

les yeux.

 

Avec les adolescents, c’est comme avec les adultes, il est important de se mettre à leur disposition et pas de se précipiter lourdement comme si on avait un passe permanent pour leurs pensées et leurs états d’âme :

- J’ai un avis là-dessus ? Tu veux l’entendre ?

- Je suis obligée de me mêler de cette affaire. Est-ce que tu veux m’écouter si je le fais tout de suite ?

- Je m’inquiète de ce qui t’arrive et j’aimerais en parler avec toi. On peut le faire

maintenant ?

 

Ce n’est pas la question d’être poli dans une situation sociale ordinaire. Il s’agit d’exprimer un respect de principe envers la souveraineté d’une autre personne et de créer 1 à 10 secondes de pause dans un dialogue qui déterminent souvent si l’initiative est vécue comme une agression ou comme une invitation au dialogue. Pour beaucoup de parents d’adolescents, cela offre la possibilité de redécouvrir leur vulnérabilité et leurs limites mutuelles et de rétablir un respect empreint de sensibilité qui passe souvent à l’arrière-plan après des années de vie commune.


Source : Juul, J., Regarde… ton enfant est compétent – Renouveler la parentalité et

l’éducation, Chronique sociale, 2012, p.163-166.


 

Article mis en page pour Uto'Pistes par : MikA Mot(s) Clé(s) Autrement - Changement - Conscience - Education - Enfants

Poster un commentaire

Connectez vous afin de laisser un commentaire